ROMAO, l'envol du petit Epervier
Le jeune milieu de terrain de Louhans-Cuiseaux, qui a joué dans les équipes de France de jeunes, est l'une des bonnes surprises de la sélection du Togo. Retenu pour disputer la CAN, il rêve désormais de la Coupe du Monde.
Le 18 janvier, c'est à dire, mercredi, dans l'intimité des Eperviers, couvé par Stephen Keshi, son coach, il fêtera ses vingt-deux ans. Le bel âge, quand on rêve de Coupe du Monde. Pendant quelques heures, Alaixys Romao prendra aussi le temps de savourer son plus beau cadeau : une place parmi les 23 Togolais retenus pour disputer la Coupe d'Afrique des Nations, qui débute vendredi au Caire. Il y a un peu plus de six mois, le jeune homme renaissait tout juste grâce à la remontée en National de Louhans-Cuiseaux, le club qui l'avait recueilli quand Toulouse n'a pas voulu de lui.
Formé au Téfécé, passé par la CFA et souvent retenu dans le groupe pro, le jeune joueur n'a jamais vraiment eu sa chance dans la cité des Violettes : " A mon poste, il y avait du monde, s'excuse-t-il presque : Taïder, Cardy puis Balmont. Ensuite le club n'a pas voulu ne faire signer professionnel."
Ancien pensionnaire du centre de préformation de Castelmauroux, voici le jeune homme à la rue en quête d'un club capable d'accepter un jeune milieu de terrain récupérateur au si maigre CV. C'est là qu'intervient Diego Garzitto. Ce dernier tend les bras à Romao, qui devient vite un cadre du groupe. La montée est vécue comme un grand bonheur. Papa Sylvanus, d'origine togolaise, saisit alors l'instant pour rappeler ses origines à son fils, qui n'avait plus remis les pieds à Lomé depuis sa petite enfance.
"J'ai obtenu mon passeport pendant l'été, et j'ai fait savoir au coach de la sélection que j'étais togolais. A la mi-août, Alaixys Romao est convoqué à Rouen pour un rassemblement de la sélection. Un match amical plus tard, remporté au stade Robert-Diochon face au Maroc (1-0), Romao est adopté par Keshi, son sélectionneur. Ce dernier le retient pour les deux derniers matchs qualificatifs pour le Mondial. Dans l'entrejeu, il rayonne. "Personne ne me connaissait, mais tous les joueurs ont facilité mon intégration." Garzitto, qui fut notamment le sélectionneur du Togo pendant quelques mois en 2002, est évidemment aux anges : "Je suis le premier heureux pour lui. Régulièrement, Keshi s'informe de son "petit", comme il l'appelle. Très vite, il a su s'imposer en sélection, comme chez nous. C'est un garçon qui sait écouter, et qui reste simple. C'est surtout un gagneur."
International Français chez les jeunes, en moins de 17, puis moins de 19, Alaixys Romao n'a pas mis longtemps à faire son deuil d'une carrière chez les Bleus. La perspective de peut-être disputer une Coupe du Monde l'a évidemment emporté sur toute autre considération. "Amine" comme ses coéquipiers le surnomment parfois du côté du stade de Bram, a ainsi connu Jean-François Jodar, et côtoyé alors quelques copains comme Emerse Faé et Chaouki Ben Saada, deux joueurs qui ont justement eux aussi décidé de jouer pour une autre sélection -respectivement la Côte d'Ivoire et la Tunisie - après avoir remporté la Coupe du Monde des 17 ans sous le maillot bleu. "Du côté de mon père, à Lomé, la famille est aux anges. J'ai pris cette décision sans regret. On a tenté le coup, et tout se passe bien depuis."
Pensionnaire du National, le jeune homme ne fait en tout cas aucun complexe en sélection, où il évolue régulièrement avec des joueurs de L1 (Kader, Agassa et Shérif), de L2 (Assemoassa) ou de CFA (le capitaine Jean-Paul Abalo). Il se concentre juste sur son premier objectif international : la Coupe d'Afrique des Nations. "C'est un tournoi motivant, et quelque chose de très important pour les pays africains. On veut aussi montrer aux uns et aux autres que nous ne sommes pas au Mondial par hasard."
A l'écouter, le jeune Romao ne se projette pas encore dans quelques mois. Pas question doonc d'évoquer avec lui l'Allemagne, et cette 18e Coupe du Monde pour laquelle il s'est battu sur le terrain, contre le Libéria et le Congo, deux matchs capitaux. "Ce n'est pas encore l'heure d'en parler" glisse-t-il doucement. La gourmandise venant, sa participation prochaine au festin du football africain devrait aiguiser un peu plus son appétit. Les places, déjà sont chères, et plus de quinze joueurs ont disparu de la liste originelle de Stephen Keshi. Pas Romao, qui, sans bruit, est devenu un habitué du groupe. "Etre en sélection, ça change de la vie du club. J'ai appris l'hymne national, je suis fier de porter les couleurs du Togo. Je ne veux surtout pas décevoir les gens qui roient en moi, là-bas. Et puis, me toruver ici aujourd'hui, c'est un peu une revanche sur ce que j'ai vécu." Parce qu'il sait aussi combien Garzitto s'est investi pour lui, Alaixys Romao remercie son entraîneur du club de Saône et Loire : "Si j'en suis là, c'est aussi grâce à lui, je le sais." Très copain avec Kader (Sochaux) et Ludovic Assemoassa (ex-Clermont Foot, parti à Murcie, en L2 espagnole), le milieu de terrain partage en sélection sa chambre avec Yao Senaya Junior, un autre joueur qui évolue dans les divisions inférieures en Suisse. En fin de semaine dernière, son Togo a profité d'un gentil galop d'essai pour s'imposer (1-0) face au voisin ghanéen, autre qualifié surprise pour le Mondial. Alaixys Romao était là, présent comme à son habitude, prêt à tout donner pour cette sélection qui lui offre désormais l'opportunité de prouver au monde entier qu'il peut rebondir dans le football professionnel. Garzitto, qui a vu le jeune Epervier s'envoler ne lui en voudra pas, c'est sûr :"Déjà, il est difficile pour un petit club comme le nôtre de le laisser partir, c'est génant. Mais la joiue de le voir réussir quelque chose est plus forte. Et puis, c'est aussi la vocation de Louhans-Cuiseaux de prendre des jeunes et de les mettre sur les rails." Ces derniers jours, depuis Sfax (Tunisie), où il bouclait sa préparation pour la CAN égyptienne, le jeune milieu de terrain a pris conscience, c'est sûr qu'il faisait désormais partie de la cour des grands. A lui de s'y maintenir, désormais.
Franck Simon